Des perles masquées, des héroines anonymes
Cette guerre dans laquelle elles se sont engagées à la fois comme stratèges et soldats, avec pour seules munitions leur courage et leur foi, n’est ni définie ni ouvertement déclarée. Elle est pourtant quotidienne, plurielle, sévèrement éprouvante et transversale. Mais bien que cette bataille soit livrée à l’ère contemporaine, il demeure déconcertant, en bout de ligne, de constater que les enjeux majeurs pour la plupart se résument en ceux-ci : Survie, éducation des enfants, hébergement.
Depuis quelques années déjà, la plaidoirie pour la défense et la promotion des droits de la femme n’est pas chose rare, et ceci même en Haïti ! Mais ici, on semble se tromper de pistes, de cibles. On s’attaque aux fruits pas aux troncs, voire aux racines. On invite les femmes victimes de violence à porter plainte au ministère à la condition féminine, trop souvent on oublie que la majorité des femmes exposées sont tributaires de leur mari et ne sont pas financièrement indépendantes, ce n’est que parvenues au stade d’invalidité qu’on saura toutes les maltraitances dont elles ont été victimes. C’était pour effleurer l’aspect physique de la tragédie, car beaucoup auraient préféré avoir quelqu’un qui leur donne de temps en temps une petite bastonnade néanmoins que leurs enfants reconnaissent leur père, que celui-ci partage les frais de nourriture, d’instruction et d’hébergement. Mais ici, n’est pas père qui doit ! Est père qui veut ! La loi sur la paternité responsable sur laquelle a travaillé éperdument la très regrettée Gérandal Thélusma, Honorable député de la 48eme législature, n’a pas encore été publiée dans le journal officiel : « Le Moniteur ».Ce qui fait qu’ici 60% des familles sont monoparentales. En réalité, cette statistique n’est valable que quand le rôle de père devrait être exercé de façon cruciale car quand l’un de ces enfants précédemment abandonnés, réussit sa vie, il lui est permis d’avoir une nouvelle naissance et comme par enchantement, il se voit solliciter la reconnaissance de ce même père qui le niait dans sa première vie privée d’étoiles.
Le Vendredi 25 novembre écoulé, date consacrée à la lutte contre la violence faite aux femmes, « des perles masquées, des héroïnes anonymes », ont marché dans les rues de la capitale haïtienne pour exprimer pacifiquement – car c’est l’accent de leur vertu – leur désaccord à toutes les formes de violence dont elles font l’objet. Violences qui, ironie du sort, viennent des lâches déviants de cette espèce qu’elles ont portée pendant 40 semaines en moyenne, nourrie à l’amère sueur de leur front.
La bonne nouvelle est que toutes ces femmes, Ô combien courageuses, sont aujourd’hui enceintes, et tous ces cris douloureux qu’elles ont poussés, annoncent le début « du travail » et bientôt la « dilatation du col » de leur misère sera complète et cette fois, elles accoucheront toutes d’une liberté viable, de l’autonomie économique, et des chances égales. Attendons les vagissements !
Valéry Moise
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