Une fête française à l’intérieur de la province de Buenos Aires
On connaît bien l’importance de l’immigration européenne dans l’histoire de l’Argentine à partir de la fin du XIXème siècle, les différentes nationalités s’avérant plus visibles selon les régions. Pigüé, une petite ville du sud de la province de Buenos Aires, garde son héritage français bien vivant à travers une fête qui lui rend une notoriété tout à fait méritée. Il s’agit de la fête de l’Omelette Géante qui est organisée par une Confrérie ayant des représentants dans plusieurs villes du monde francophone : Abbeville (en Louisiane, aux États-Unis), Bessières (dans les Midi-Pyrénées, en France), Fréjus (en Provence-Alpes-Côte d’Azur, en France), Dumbéa (en Nouvelle Calédonie), Granby (au Québec, au Canada) et Malmedy (en Liège, en Belgique).
Comme chaque année, le premier dimanche de décembre a été l’occasion de vivre cette fête bien particulière qui convoque des visiteurs venus des villages voisins, mais aussi des autres provinces de l’Argentine et même de l’étranger. Il n’est pas exagéré de parler d’une omelette « géante », puisque la poêle a 4 mètres de diamètre, c’est bien là où l’on verse 15.000 œufs, 100 kilos de jambon, ainsi que de la ciboulette, des oignons, du sel, du poivron et du persil. Les touristes ont dû aider les organisateurs à casser les œufs. Cette énorme préparation a permis de distribuer gratuitement 6.200 assiettes avec de l’omelette et du pain. Des baguettes de 25 kilos et 3, 5 mètres avaient été faites afin d’accompagner le plat principal, qui se prépare d’après le goût argentin ; c’est-à-dire que cette omelette sud-américaine est plus cuite que d’habitude.
La fondation de Pigué date de 1884, trois ans après l’installation d’Eduardo Casey, qui avait acquis des terres données à un militaire ayant participé à la « Campaña del Desierto » de 1879. C’est grâce à l’accord entre Casey et le français Clément Cabanette que des terres ont été vendues à des colons de l’Aveyron, ce qui explique le rapport étroit qui lie ce département français à Pigüé. L’attirance pour les racines françaises se manifeste de manière évidente aux yeux des visiteurs, étant donné que l’on peut trouver les drapeaux français et argentin côte à côte dans les vitrines des magasins ou dans les façades de quelques maisons. Il est important d’ajouter que Pigüé propose une autre fête culinaire – de nature plus modeste que celle de l’omelette – qui concerne la gastronomie française : l’aligot, à base de purée de pommes de terre et de fromage, celui-ci étant spécialement préparé dans un village voisin (Goyena) d’après la formule aveyronnaise.
Héritage français et éducation
La fierté de l’héritage français se manifeste également à travers l’intérêt pour la langue française qui est toujours parlée dans quelques familles, ce qui devient une situation unique dans la province de Buenos Aires, dont la Direction Générale de Culture et Éducation a signé, il y a un an (le 17 décembre 2010), la résolution qui met en place le projet d’enseignement du français dans les écoles de Pigüé. Le document officiel a été signé dans le siège de l’Ambassade de France à Buenos Aires, où s’étaient rendus les autorités de la province – comme le Directeur Général de Culture et Éducation M. Mario Oporto – et le Vice-président du Conseil Général d’Aveyron (France), M. Pierre-Marie Blanquet, ainsi que le maire de Pigüé, M. Rubén Grenada. Cette reconnaissance officielle a vu le jour grâce à l’initiative de l’Association AMICALE, qui a mis en place ce projet avec le soutien du Conseil Général de l’Aveyron.
Le succès de « La fête de l’omelette géante » à Pigüe se révèle être une manière populaire d’exprimer la fierté des racines françaises, grâce à l’engagement des chevaliers et des maîtres de la confrérie qui consacrent leur passion à cette belle occasion de rencontre et de partage.
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